Metou Abba, la plus grande pourvoyeuse d’emplois à Bababé

Une des rares femmes qui s’engage et qui engage les hommes dans le Fouta, Métou Abba a marqué la vie économique de Bababé durant presque une décennie devant le regard impuissant des politiciens qui ont profité de leur pouvoir pour renforcer les inégalités sociales dans toutes les zones du pays. Elle se frotte les mains avec son petit commerce qui emploie des dizaines de jeunes et elle est devenue, depuis les années 2010, une référence dans la lutte pour l’autonomisation des femmes dans le milieu rural.

Tout a commencé avec la couture et la vente en alternance de beignets, de la crème glacée et de « thiakri » (aliment à base de céréale et du lait) en ambulant au marché de Bababé. Avec ses différentes activités, elle avait pu épargner une somme de 35 000 MRO qu’elle a investie sans le concours ni de ses proches encore moins des institutions financières au début des années 2000. Dès son enfance, son but était de devenir une grande commerçante dans le Fouta. Ba Aminata Abdoulaye est âgée d’une quarantaine d’années et mariée. Son objectif vient d’être réalisé malgré les difficultés qu’elle a rencontrées. « J’ai commencé avec 35 000 (ancien ouguiya) que je gagnais, raconte-t-elle. Aujourd’hui, je ne veux plus d’aide financière de la part des banques. Parce que ça va ».

Durant son cursus scolaire passé au village, pendant les heures de cours, Métou Abba dormait souvent en classe. Lorsque ses professeurs lui demandaient pourquoi elle dormait, elle répondait qu’elle était à l’atelier de couture toute la nuit pour une formation sur le tas. « J’étais bruyante à l’école, mais le commerce a pris le dessus. Des fois, je venais à l’école avec des sommeils. Si on me demandait ce que je faisais la nuit, je les expliquais que j’étais à l’atelier de couture durant la nuit, justifie-t-elle ».

« Je n’ai pas fait la formation professionnelle en couture, mais j’ai appris sur le tas. Je ne voulais plus continuer à aller à l’école, c’est pourquoi j’ai laissé les études à côté pour devenir commerçante ».

Elle est la première commerçante à vendre du crédit téléphonique par détail à Bababé. Résultat : une plus-value de plus de 9 000 000 (ancien ouguiya). Avec ce profit, elle a construit une maison R+ 1 à Nouakchott. Elle se dit fière et se félicite de son travail. « Alhamdoulilah, j’en ai eu des maisons, deux à Bababé et une à Nouakchott déjà construites. Je suis hyper contente de mon commerce, se réjouit Métou Ba ». Grâce à la persévérance, elle a fait la différence en disposant d’un autre magasin à Nouakchott qu’elle partage avec ses sœurs.

Malgré son échec scolaire et les réalités sociales, économiques et politiques qui pèsent sur ses affaires, elle n’a jamais pensé abandonner le combat contre l’autonomisation des femmes et n’a rien à envier aux fonctionnaires et aux émigrés. Elle n’a pas eu de regrets en choisissant Bababé pour ses activités de négoce. « Avec ce que je gagne, je peux payer des fonctionnaires, justifie-t-elle. Mes profits viennent des transferts de fonds que j’effectue et de l’exploitation de ma boulangerie en majorité.

L’immigration et la politique, elle n’y pense pas pour l’instant, même si elle a la possibilité de conquérir certains pays européens et américains et est sollicitée par les politiciens qui ont échoué dans la lutte contre le chômage des jeunes et l’exode rural. « J’ai été en France, en Belgique, en Espagne et dans les pays du Maghreb. Je ne veux pas rester là-bas parce que je gagne plus au village qu’ailleurs. Je vais souvent là-bas pour le tourisme, mais pas pour le travail, rassure-t-elle.

Je ne fais pas de la politique et je ne l’envisage pas pour l’instant. Je suis sollicitée par les politiciens qui me demandent de les rejoindre (…) ».

Elle travaille tous les jours de cinq heures à 23 heures avec le soutien sans faille de son mari à qui elle partage tout ce qu’elle a. Ceux qui la chargeaient de « ratée » parce qu’elle n’était pas à la merci de la cuisine, viennent, aujourd’hui chez elle pour demander des faveurs.

Après la fermeture des boulangeries de Mbagne, Niabina, Bagodine et de Bababé qui n’ont pas pu résister aux chocs exogènes qui ont affecté leur production, Métou Ba a eu l’audace de vouloir relever le défis en investissant plus de 12 000 000 (ancien Ouguiya) pour l’acquisition d’une machine de production à Dakar.

Aujourd’hui, elle est la femme la plus puissante sur le secteur informel, puisqu’elle est la première pourvoyeuse d’emplois dans sa localité. Grâce à ses affaires, elle emploie une dizaine de personnes et attire l’attention des investisseurs meurs. Et elle ne regrette pas d’avoir abandonné tôt l’école. « Le commerce peut rapporter plus que les diplômes. Il y a des diplômés qui chôment ici, confirme-t-elle en donnant un exemple de la fille de sa sœur diplômée qui court derrière les bureaux afin d’être recrutée. Même si j’avais eu le bac, je n’aurais pas eu ce que j’ai réalisé aujourd’hui ».

« Je n’ai pas de relations avec les cadres de Bababé. Je travaille avec des meures. Ils font des affaires avec moi (Ndlr : les transferts d’argent) en mettant à ma disposition des millions d’Ouguiya, c’est parce que la confiance règne entre nous ».

Elle incite ses frères et sœurs à la scolarisation et au travail qui sont les clefs de la réussite. Elle les appelle aussi à suivre son exemple en commençant avec de petits moyens pour s’épanouir un jour.

La femme a aussi des faiblesses puis qu’elle ne compte pas financer ses frères et sœurs qui sont dans le besoin. Car selon elle, le risque d’insolvabilité et la mauvaise gestion sont fréquents et réels. Par ailleurs, elle n’est pas prête à injecter son argent dans les sous-secteurs de l’agriculture et de l’élevage. Elle prépare sa retraite par l’acquisition des maisons et véhicules et une conquête des pays arabes pour devenir une grande importatrice de ses produits.

Par Oumar Ba (Directeur de publication du site d’information www.kabarujakka.com)

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