Mauritanie : les enseignants expliquent les raisons de l’échec scolaire


Malgré les réformes menées ces dernières années par les autorités étatiques, les taux d’échec aux examens ne cessent de connaître une hausse. Qui est responsable de cette situation ?
Diop Mamadou Issagua est professeur de lettre en français depuis 1984. À une année de sa retraite, il constate l’échec total dans le système éducatif national et tient pour responsable les ministres qui ne méritent pas d’être à la tête de cette structure. « Il y a un échec total. Depuis 1984, j’ai vu qu’il y a une régression totale de l’enseignement. Tout le monde qui est implique : d’abord, l’État par le biais de son ministère de l’éducation n’accorde plus d’importance à l’éducation nationale. Ensuite, les professeurs ne sont pas du tout formés parce que le système de formation des années 1980 n’est pas celui d’aujourd’hui. Le contenu n’est pas viable et fiable. C’est un enseignement en rabais. Et si le professeur ne maîtrise pas ce qu’il fait, c’est normal qu’il y ait des élèves nuls. En fin, les parents d’élèves font semblant d’apporter leur soutien à leurs enfants alors qu’on reste toute une année sans voir un parent venir s’enquérir de la situation de son enfant. Il y a une démission totale de la responsabilité des parents d’élèves ».
Les autorités ont élaboré plusieurs réformes pour moderniser le système éducatif national. Ces dernières n’ont pas produit des effets attendus puisque depuis 2000, les résultats du baccalauréat ne cessent de connaître une baisse et le taux de réussite au bac n’a pas atteint 25 %. Cette tendance est, en outre, illustrée par le concept « les approches par compétence » qui a provoqué la baisse du niveau en grammaire, orthographe et conjugaison. « Avant ces reformes, un élève de sixième année (fondamentale) savait écrire une lettre alors qu’aujourd’hui un élève de la classe de terminale n’est pas en mesure de le faire. Il y a aussi des élèves de la première année au collège qui ne savent pas écrire leurs noms », regrette Monsieur Diop.
Le système éducatif mauritanien est caractérisé aussi par une opacité des résultats des examens d’entrée en sixième avec un taux de réussite qui dépasse souvent les 50 %, du BEPC (avec un taux de réussite qui tourne autour de la moyenne) et du baccalauréat (les résultats quasi-nuls dans certains départements). « Le baccalauréat est beaucoup plus difficile et il y a beaucoup plus de sérieux par rapport à l’organisation du BEPC. En tout cas, il n’y a pas du sérieux dans tout ce qui se fait pour l’éducation nationale », justifie le professeur de français.
Avec la prolifération des écoles privées dans les grandes villes du pays et la diminution du pouvoir d’achat des consommateurs, plusieurs enseignants quittent les fonctions officielles pour combler le gap de ressources dont ils font l’objet. « Certains enseignants abandonnent les écoles publiques pour donner des cours dans les écoles privées afin de pouvoir couvrir leurs dépenses quotidiennes. Parce que le salaire est insuffisant pour le professionnel de la craie.
« Les programmes sont déterminés par des politiciens qui ne sont pas sur le terrain au détriment des pédagogues. Ces derniers ne sont jamais associés à l’élaboration des documents, justifie un directeur à la retraite. Les contenus des documents sont culturellement et pédagogiquement maures. C’est pourquoi un négro-africain, habitant au bord du fleuve, ne comprend rien de ce qu’on lui montre d’autant plus que 80 % des enseignants en arabe ne parlent que le Hasania. On aurait lié la pédagogie et la psychologie pour aboutir à un meilleur résultat ».
Oumar BA

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